SOUDAN : Un massacre oublié

30 avril 2026 - 07:00

Par Lucie GUERIN

               La guerre au Soudan, débutée en avril 2023, est une catastrophe humanitaire majeure ignorée par le monde. Elle oppose deux chefs militaires dans une lutte de pouvoir, plongeant le pays dans le chaos et la violence extrême. Entre crimes de guerre, famine et déplacements massifs, ce conflit menace de devenir un génocide dans un silence international préoccupant.

Une catastrophe humanitaire

               Certaines guerres possèdent une forte place dans l’espace médiatique, et d’autres sont à peine regardées. Celle qui ravage le Soudan depuis avril 2023 appartient à la seconde catégorie. Pourtant son ampleur dépasse celle de nombreux conflits plus médiatisés. Les chiffres parlent d’eux même : près de 150 000 morts, probablement davantage en réalité, plus de 13 millions de déplacés. Des villes entières sont vidées de leurs habitants, les routes débordent de familles fuyant à pied, sans eau ni nourriture. Selon l’Organisation des Nations Unies, plus de 24 millions de personnes, soit près d’un Soudanais sur deux, souffrent d’insécurité alimentaire. Les organisations comme Médecins Sans Frontières décrivent des niveaux de malnutrition catastrophiques, notamment chez les enfants. Les hôpitaux sont détruits ou à l’abandon, les médecins ont fui ou manquent de tout, tandis que les maladies deviennent mortelles. Le pays s'est effondré politiquement et humainement.

Une guerre de pouvoir

               En 2019, le régime autoritaire de Omar el-Béchir, président depuis 1989, s'effondre suite à une forte mobilisation populaire. Très vite, l'espoir d’une transition démocratique est soustrait. L’armée conserve le pouvoir réel. Le pays se retrouve dirigé par une alliance fragile entre militaires et civils. Deux figures fortes émergent : Abdel Fattah al-Burhan à la tête de l’armée régulière face à Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti, dirigeant des Forces de soutien rapide (FSR). En avril 2023, la rivalité entre les eux hommes dégénère en guerre ouverte. Khartoum devient un champ de bataille. Dans la capitale soudanaise, les infrastructures sont bombardées, les quartiers résidentiels sont transformés en zone de combat. Ce conflit n’est pas idéologique mais une lutte pour le pouvoir, menée au détriment total de la population soudanaise.

Une stratégie de terreur

               Très vite, la guerre prend un tournant brutal. Les violences contre les civils ne sont pas accidentelles : elles sont organisées, répétées et assumées. Dans la région du Darfour, les témoignages s'accumulent. A El-Fasher, assiégée pendant plus d’un an par la FSR, des centaines de milliers de civils ont été piégés, sans accès à la nourriture et aux soins. Lorsque la ville tombe, les récits sont accablants : exécutions de civils, viols massifs et systématiques, parfois collectifs, enlèvements, disparitions forcées, pillages organisés et destructions ciblées. Les auteurs de ces crimes ne cherchent pas à les cacher. Au contraire, ils les filment et les diffusent, transformant ainsi la violence en outil de propagande et de terreur psychologique. La Cour Pénale Internationale a ouvert des enquêtes et évoque clairement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Des fosses communes ont été découvertes, preuve d’une volonté d'effacer les traces tout en poursuivant les massacres.

L'ombre d'un génocide qui s'étend

               Aujourd'hui, les pratiques au Darfour dépassent la simple guerre. Des populations spécifiques, notamment les communautés Massalit et Zaghawa, sont ciblées en raison de leur identité. Les témoignages recueillis font état d’une violence racialisée appelant à éliminer certaines populations. Des villages entiers sont détruits, leurs habitants exécutés ou forcés de fuir. Les survivants deviennent des traques systématiques ou l'identité ethnique devient une condamnation à mort. Selon plusieurs rapports des Nations Unies, ces violences “portent les marques d’un génocide”. Une qualification lourde de sens, qui renvoie aux pires crimes du XXe siècle. Pourtant, aucune réponse internationale à la hauteur n’a suivi. Le conflit ne se limite plus aux grandes villes ou au Darfour. Il s’étend, se fragmente, et entraîne d’autres dynamiques de violence. Des massacres intercommunautaires éclatent, comme celui survenu début mars dernier dans la région de Ruweng, où près de 170 personnes ont été tuées en quelques heures. Ces violences locales, parfois motivées par des logiques de vengeance, aggravent encore le chaos général. Les frontières deviennent des zones de fuite massive. Le Tchad, le Soudan du Sud ou encore l’Égypte accueillent des millions de réfugiés, mettant sous pression des États déjà fragiles. Le risque est désormais régional : une déstabilisation durable de toute la zone sahélienne et de la Corne de l’Afrique.

Le silence du monde

               Face à cette catastrophe, la réaction internationale apparaît dérisoire. Les grandes puissances restent divisées. Les intérêts géopolitiques (accès aux ressources, alliances régionales) paralysent toute action décisive. Les appels au cessez-le-feu se multiplient, mais ne sont pas respectés. Pendant ce temps : l’aide humanitaire reste insuffisante, les ONG peinent à accéder aux zones de combat, les civils continuent de mourir dans l’indifférence. Ce silence n’est pas seulement une absence d’action. Il est une forme d’acceptation.

Sources :

https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/06/l-onu-prepare-une-convention-sur-les-crimes-contre-l-humanite_6665683_3210.html

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/goldnadel-les-medias-reservent-leur-indignation-aux-conflits-ou-l-occident-peut-etre-designe-comme-coupable-20260420

https://www.politis.fr/articles/2026/01/monde-au-soudan-le-peuple-pris-au-piege-de-la-guerre/

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